Beowulf ou lorigine de la natation chez les Germains.
Beowulf ou l’origine de la natation chez les Germains.
« Hwæt! We Gardena in geardagum,
þeodcyninga, þrym gefrunon,
hu ða æþelingas ellen fremedon. »
(Oyez! Nous avons entendu parler des hauts faits Aux jours d’autrefois des princes du peuple, Des rois des Danes, des exploits des biens nés).
Ainsi débute Beowulf, cette grande épopée héroïque en 3182 longs vers allitérés narrant les aventures de son héros éponyme. Beowulf est le type même du héros germanique, qui cristallise les idéaux de cette société. Il a de multiples capacités qui lui permettent d’exceller dans toutes les disciplines physiques de l’époque. Or la maîtrise qu’il a de l’art de la natation est sans nul doute la plus impressionnante de toutes.
La natation de l’époque est pratiquée en eaux vives et surtout en mer pour les sociétés scandinaves. Cette mer représente un élément hostile et dangereux, que les Germains ont réussi à maîtriser dès les origines grâce à leur habileté dans l’art de la navigation, qui atteindra son apogée à l’époque viking. Beowulf est un héros au sens où il n’hésite pas à braver cet élément qui n’est pas le sien et à le dominer puisqu’il en revient vivant.
Lors du festin que le roi Hrothgar donne à Heorot en son honneur, Unferth, un proche du roi, fait mention d’un ancien exploit de Beowulf, qui peut être considéré comme la première compétition de natation en eaux vives. Unferth, très enclin à la raillerie, essaye de toucher à la fierté de notre héros en vantant les mérites et la victoire de Bréca, le concurrent de Beowulf lors de cette épreuve de force. Beowulf n’a cure de cette provocation et lui répond en gardant son calme qu’il est sorti vainqueur de la compétition. Il va alors faire une incise dans le déroulement linéaire de l’histoire, en expliquant les circonstances exactes dans laquelle cette compétition s’est déroulée lorsqu’ils étaient jeunes adolescents. Les deux enfants voulaient mesurer leur valeur de nageurs, et partirent en mer, tout équipé, épées à la main, afin de se préserver des baleines et autres poissons. Leur exploit dura cinq nuits, avant que le courant ne les remette face à un rivage. Bien entendu, il ne s’agit pas d’un exploit de natation à proprement parler (deux nageurs mesurant leur résistance, force et vitesse en milieu aquatique) mais d’une odyssée en milieu hostile, jalonnée de combats contre les poissons et les monstres marins, où le coup de glaive est plus salvateur qu’un coup de pied de brasse.
Le type de nage utilisé n’est pas clairement décrit dans le poème. On nous dit qu’ils nageaient l’épée dégainée afin de se prémunir des poissons dangereux. Ainsi, les bras ne pouvaient pas être d’une grande utilité à ces nageurs, l’acier leur demandant un effort supplémentaire afin de se maintenir tête hors de l’eau, et de garder leur équilibre. Toute leur technique résidait donc dans leur force dans les jambes. Il est possible qu’ils faisaient une sorte de rétro pédalage ou de ciseau de brasse.
Mais si l’on fait fit de ces armes, qui ne devaient être en fait dégainées qu’à la vue d’un poisson, on a un nageur de station horizontale et ventrale, nageant la tête hors de l’eau. L’épée était probablement maintenue le long du dos, dans le prolongement de la colonne vertébrale. La garde de l’épée, légèrement inclinée d’un côté empêchait le passage total d’un des bras, dans le style du crawl. On a donc affaire à une sorte de nage indienne, avec un bras porteur, qui flotte devant, et un autre qui permet d’avancer. Les jambes quand à elles fonctionnent en coup de pied de brasse, proche de ceux de notre brasse actuelle, c'est-à-dire une propulsion à l’aide des jambes.
Il est donc probable que Beowulf nageait une sorte de crawl ou de nage indienne puisque son équipement ne lui permettait pas de pratiquer une autre sorte de nage.
L’hypothèse d’une nage de ce type est renforcée par l’historique des nages. Le crawl est la nage la plus répandue et la plus ancienne de toutes. On fait remonter son origine au troisième millénaire avant JC, car le hiéroglyphe égyptien figurant le concept de « natation » représente un crawler dans la même posture que ceux que l’on trouve sur les médailles actuelles. Trois mille ans avant JC, on appliquait déjà l’extension aquatique avant et arrière des bras, la respiration sur le côté, à l’exception de la propulsion des jambes où les pointes de pieds ne sont pas en extension. Il s’agissait très certainement pour les jambes d’une poussée type coup de pied de brasse, le prototype de notre ciseau actuel.
La natation antique est attestée chez les Egyptiens, les Grecs et les Romains. Beowulf, œuvre du haut moyen âge, prouve que la natation n’était pas absente chez les peuples du nord. En outre, la présence du milieu aquatique est capitale chez des peuples germaniques comme les Vikings. Et même si l’on n’a pas chez les Germains des compétitions organisées dans l’esprit des Jeux grecs, on trouve néanmoins cette pratique de la natation. Pratique qui dans ce poème est liée à la mer : un monde magique, peuplé de monstres marins, de « poissons baleines ». Il faut être un héros pour oser braver cet élément et espérer en revenir. Dès lors, on peut supposer que l’exemple de Beowulf n’est pas un cas isolé et est en réalité une illustration héroïsée d’une pratique courante chez les Germains.
« No ic on niht gefrægn
under heofones hwealf heardran feohtan,
ne on egstreamum earmran mannon;
hwaþere ic fara feng feore gedigde,
siþes werig. »
(Je n’ai pas entendu narrer d’un plus pur combat dans les courants de la mer. Pourtant je revins vivant des poignes de l’ennemi, las de mon aventure).
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