Poèmes du journal n°3 Miroir du coeur
Le miroir du coeur
Néhémie, regarde dans ton propre cœur,
L’arbre sacré y pousse ;
De joie tressaillent ses branches sacrées,
Et toutes les fleurs tremblantes qu’elles portent.
Les couleurs changeantes de ses fruits
Ont donné aux étoiles leur gaie clarté ;
La prise sûre de son invisible racine
A implanté dans la nuit la tranquillité ;
Le balancement de sa cime feuillue
A doué les vagues de leur mélodie ;
Et mariées à la musique, mes lèvres,
Qui murmurent pour toi une envoûtante chanson.
Là, fils et filles d’Eros dansent en cercle,
Cercle flamboyant de nos soirs heureux,
Tournant, montant, ondoyant,
Dans ces vastes ombrages où règne l’innocence.
Au souvenir de ces cheveux flottant au vent,
Et de ces sandales ailées, qui bondissent,
Tes yeux s’emplissent de tendresse :
Néhémie, regarde dans ton propre cœur.
Ne regarde plus dans le funeste miroir
Que les démons dans leur ruse subtile,
Quand ils passent, présentent à nos yeux.
Ou n’y regarde qu’un instant,
Car une mortelle image s’y forme
Apportée par la nuit tempétueuse.
Racines à demi cachées sous la neige,
Branches brisées et feuilles noircies.
Car tout est ruine et destruction,
Dans le miroir des ténèbres extérieures,
Formé pendant le sommeil de Dieu, jadis.
Là, à travers les branches brisées, passent
Les corbeaux de l’inquiète pensée ;
Volant en croassant de toutes part,
Griffes cruelles, et bec affamé ;
A moins qu’immobiles, ils ne prennent le vent,
Hérissés, battant des ailes ; hélas !
Tes tendres yeux perdent toute douceur :
Ne regarde plus dans le funeste miroir !
L’ami