LHomme qui collectionnait les trous
L’Homme qui collectionnait les trous
C’est l’histoire d’un homme qui collectionnait les trous.
Il ne se souvenait plus dans quelles circonstances exactes sa collection avait été entamée. D’une manière anodine certainement comme toutes les collections, ce mode d’accumulation de l’objet pour l’objet en série peut apparaître absurde.
Il y eut d’abord les trous de serrure. Muni d’un tournevis le collectionneur devint adroit à les enlever discrètement. De nombreuses personnes s’étonnèrent de voir ainsi disparaître les serrures. Ces gens s’interrogèrent sur ce vide laissé dans leurs portes. Il en fut de même pour le collectionneur : « que faire du trou laissé par la serrure ? », plus d’une fois il fut tenté d’enlever la porte de ses gonds et de l’emporter avec lui. Il ne put le faire qu’une fois pour des raisons pratiques, il se demanda comment réagir face à la rupture opérée dans la logique du mur, cet espace béant, point de traversé et vide ne méritait-il pas d’être subtilisé?
A cette curieuse accumulation de serrures et d’une porte chez lui s’ajoutait la possession d’une fourmilière. Il observait les parfaites galeries creusées par les ouvrières ; et d’un aquarium rempli de terre et de vers de terres. Que dire si ce n’est que les perforeuses et autres poinçonneuses le ravissait, voilà un moyen de créer des trous d’une régularité parfaite. Et sur les vêtements, impossible de se lasser de la diversité des choses. Ainsi il accumula.
On voudrait croire que cette passion le rongeait. L’obsession du vide comme moyen de compenser celui-ci. L’homme ne cessait d’être fasciné par cet espace entre deux immensités, était-ce un lien ? Une rupture ? Une jonction ? Le point de passage obligé ? Il en était certain.
Comme tout collectionneur, il se devait de classer ses possessions, il distingua les trous sans fonds de ceux avec ! Essayer, ne serait-ce qu’un instant, de comprendre le mélange de fascination, de perplexité, et de joie de notre individu se rendant aux toilettes à voir l’eau s’écouler.
Bien sur il creusait, un temps il pensa même devenir fossoyeur, mas cette idée ne le séduisit pas : créer à des fins utilitaristes des trous, n’était-ce pas trahir sa cause ? Le trou valait par sa découverte et il lui serait interdit voire impossible de s’approprier ceux qu’il ferait. Et tant qu’à faire plutôt voir grand, être ambitieux, ainsi il se spécialisa dans le forage de tunnel, domaine où son talent fut vite reconnu.
Avec cette joie naïve et simple du passionné qui croit avoir de l’esprit et du recul, il pensa : « il me faut mon trou » qui ne serait ni à rats, ni normand, d’ailleurs il s’était toujours demandé sans jamais y parvenir comment collecter cette dernière catégorie. Il opta pour une habitation troglodyte, une sorte de grand trou pour les siens. Il y emmena ses serrures, sa porte, ses viviers, ses cartes perforés, ses vêtements (enfin il pourrait entretenir des mites dans son placard) tout un tas de choses hétéroclites liées par un vide entre deux extrémités qui se rejoignent.
Cependant au fil des années, son insatisfaction demeurait, alors que les trous de mémoire le gagnaient. Sans répit, il réfléchissant au concept de trou sans parvenir à s’en détacher ; de ce vide ne sortait-il pas une plénitude comme une perfection ? Quelle était la signification, le symbole de sa collection ? De rassembler ainsi une chose apparemment dénué de tout sens, si ce n’est celui du lien, du passage et en même temps de l’impasse.
Puis un jour solitaire dans sa réflexion, il s’écria : « un gouffre » pensant avoir la solution, il s’y précipita.
Il ne se souvenait plus dans quelles circonstances exactes sa collection avait été entamée. D’une manière anodine certainement comme toutes les collections, ce mode d’accumulation de l’objet pour l’objet en série peut apparaître absurde.
Il y eut d’abord les trous de serrure. Muni d’un tournevis le collectionneur devint adroit à les enlever discrètement. De nombreuses personnes s’étonnèrent de voir ainsi disparaître les serrures. Ces gens s’interrogèrent sur ce vide laissé dans leurs portes. Il en fut de même pour le collectionneur : « que faire du trou laissé par la serrure ? », plus d’une fois il fut tenté d’enlever la porte de ses gonds et de l’emporter avec lui. Il ne put le faire qu’une fois pour des raisons pratiques, il se demanda comment réagir face à la rupture opérée dans la logique du mur, cet espace béant, point de traversé et vide ne méritait-il pas d’être subtilisé?
A cette curieuse accumulation de serrures et d’une porte chez lui s’ajoutait la possession d’une fourmilière. Il observait les parfaites galeries creusées par les ouvrières ; et d’un aquarium rempli de terre et de vers de terres. Que dire si ce n’est que les perforeuses et autres poinçonneuses le ravissait, voilà un moyen de créer des trous d’une régularité parfaite. Et sur les vêtements, impossible de se lasser de la diversité des choses. Ainsi il accumula.
On voudrait croire que cette passion le rongeait. L’obsession du vide comme moyen de compenser celui-ci. L’homme ne cessait d’être fasciné par cet espace entre deux immensités, était-ce un lien ? Une rupture ? Une jonction ? Le point de passage obligé ? Il en était certain.
Comme tout collectionneur, il se devait de classer ses possessions, il distingua les trous sans fonds de ceux avec ! Essayer, ne serait-ce qu’un instant, de comprendre le mélange de fascination, de perplexité, et de joie de notre individu se rendant aux toilettes à voir l’eau s’écouler.
Bien sur il creusait, un temps il pensa même devenir fossoyeur, mas cette idée ne le séduisit pas : créer à des fins utilitaristes des trous, n’était-ce pas trahir sa cause ? Le trou valait par sa découverte et il lui serait interdit voire impossible de s’approprier ceux qu’il ferait. Et tant qu’à faire plutôt voir grand, être ambitieux, ainsi il se spécialisa dans le forage de tunnel, domaine où son talent fut vite reconnu.
Avec cette joie naïve et simple du passionné qui croit avoir de l’esprit et du recul, il pensa : « il me faut mon trou » qui ne serait ni à rats, ni normand, d’ailleurs il s’était toujours demandé sans jamais y parvenir comment collecter cette dernière catégorie. Il opta pour une habitation troglodyte, une sorte de grand trou pour les siens. Il y emmena ses serrures, sa porte, ses viviers, ses cartes perforés, ses vêtements (enfin il pourrait entretenir des mites dans son placard) tout un tas de choses hétéroclites liées par un vide entre deux extrémités qui se rejoignent.
Cependant au fil des années, son insatisfaction demeurait, alors que les trous de mémoire le gagnaient. Sans répit, il réfléchissant au concept de trou sans parvenir à s’en détacher ; de ce vide ne sortait-il pas une plénitude comme une perfection ? Quelle était la signification, le symbole de sa collection ? De rassembler ainsi une chose apparemment dénué de tout sens, si ce n’est celui du lien, du passage et en même temps de l’impasse.
Puis un jour solitaire dans sa réflexion, il s’écria : « un gouffre » pensant avoir la solution, il s’y précipita.
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