Roger Bakounine J4
Roger 1953: une naissance?
L’année 1953 qui fut l’année de la mort de Staline et de l’explosion par les Soviétiques de leur première bombe à hydrogène fut également l’année de la naissance d’un homme qui allait avoir un destin absolument original. Un homme dont la vie allait être marquée par la destruction et le chaos : Roger Bakounine. Les raisons de cette vie si torturée et placée sous le signe de la démolition remontent sans doute à la naissance de Roger Bakounine. La mère de Roger ¾ avant dans une équipe de rugby refusa de laisser ses coéquipières avant le 6ème mois de grossesse. Avec les plaquages, les mêlées et l’aplatissage des essais, c’est peu dire que l’embryon Roger puis le futur bébé Roger a évolué dans un milieu renversant. A cela il faut ajouter l’épisode rocambolesque de l’arrivée à l’hôpital. Prise de contractions et sentant l’heureux événement arriver Mme Bakounine alerta son mari, mais celui-ci encore plus stressé que sa femme adopta une conduite plutôt sportive avec sa Mercedes classe A (celle qui avait une fâcheuse tendance à se mettre sur le toit lors des test d’équilibre du véhicule). Si ils réussirent miraculeusement, après avoir déboulé à 90 km/h au centre ville et grillé 3 feux rouges, à rejoindre l’hôpital, Mr Bakounine ne releva pas son pied de l’accélérateur dans l’enceinte de l’hôpital et le dernier virage pour atteindre la porte des urgences fut de trop. Pour éviter 4 vieillards faisant une course de fauteuils roulant il donna un violent coup de volant qui les propulsa contre une petite rambarde avant de les projeter dans une série de tonneaux qui ne fut stoppée que par une ambulance qui venait d’amener un blessé. Par un nouveau miracle Mme et Mr Bakounine ainsi que le futur membre de la famille s’en sortirent indemne et ils purent, après s’être extirpés de ce qui restait du véhicule, gagner immédiatement la salle d’accouchement. En revanche il fallut hospitaliser les deux brancardiers qui venaient chercher le blessé qu’apportait l’ambulance tandis que ce dernier en était réduit à gagner le hall de l’hôpital par ses propres moyens ! Mr et Mme Bakounine ayant choisi la méthode d’accouchement aquatique, tout le monde se mettait en place dans le petit bassin de l’hôpital prévu à cet effet. Mr Bakounine s’était mis en tête de faire de son fils un brillant littéraire et il s’était laissé convaincre de l’utilité de lui lire des ouvrages d’auteurs illustres avant même qu’il ne vienne au monde. C’est ainsi que pendant que Mme Bakounine tricotait sur son canapé, Mr Bakounine assis à côté lisait inlassablement Les Misérables,… à son futur enfant. Et pendant que l’accouchement se déroulait dans le bassin et que le personnel s’affairait autour de sa femme, Mr Bakounine continuait inexorablement la formation littéraire de son fils. Pour l’occasion il avait apporté Mémoire d’Outre Tombe de Chateaubriand et la voix tremblante d’émotion il lisait : « J’étais presque mort quand je vins au jour. Le mugissement des vagues soulevées par une bourrasque annonçant l’équinoxe d’automne, empêchait d’entendre mes cris : on m’a souvent conté ces détails ; leur tristesse ne s’est jamais effacée de ma mémoire. Il n’y a pas de jour où, rêvant à ce que j’ai été, je ne revoie en pensée le rocher sur lequel je suis né, la chambre où ma mère m’infligea la vie, la tempête dont le bruit berça mon premier sommeil, le frère infortuné qui me donna un nom que j’ai presque toujours traîné dans le malheur. Le Ciel sembla réunir ces diverses circonstances pour placer dans mon berceau une image de mes destinées. »Ces dans ces conditions tourmentées que Roger Bakounine vint au monde.…
Roger 68 : Une vie?
Aujourd’hui témoignage… témoignage d’une vie, de la complainte d’un homme…
L’apocalypse, Roger Bakounine la connaît bien, il l’a désirée, il l’a vécue, il en a fait son existence… Retour sur la vie d’un homme qui a tant souffert les autres et qui n’a jamais hésité à les faire souffrir, retour sur une lutte, une œuvre, le combat d’une existence contre elle même !
Né le 13 Avril 1968 en Normandie d’un père inconnu et d’une mère dilettante, la jeunesse de Roger Bakounine est une véritable initiation à la vie, un apprentissage anarchique de la dynamique du mouvement sans saccade, un passage direct de l’embryon statique à l’adolescence chimérique hoquetante. Son enfance fut donc placée sous le signe de l’exploration, la découverte de soi par l’intermédiaire de la résistance des autres.
A quatre ans, il cassa son premier réveil afin d'en observer les mécanismes car comme il l’imaginait cette chose qui « dring », dirige la vie par ce tic tac étrange : en maîtriser le déplacement de l’aiguille, c’est alors régner sur le temps ! Mais trop de rouages et d’aiguilles pour Roger, trop compliqué… et le remontage fut impossible… première crise donc, première souffrance alors… les mécanismes de l’existence lui déplurent. Il en voulu dans un premier temps à la Suisse mais il constata qu’il était déjà trop tard : l’humain étant soumis au dring ou au bipbip matinal tortueux, au tic des cadences au tac hypocrite d’une vie grossièrement menée sans âme… Et le rêve dans tous ça ? Les faiseurs de temps l’avaient donc tué, la neutralité l’avait emportée sur l’homme. Il en voulut dès lors à l'existence en général et s'efforça, à chaque étape de sa vie, de faire souffrir un maximum d'avanies à cette dernière. Adolescent, premiers émois, premières fougues, il s'intéressa à l'art, déclarant placer le "Casse-noisettes" de Tchaïkovski à égalité avec le Death Metal, les deux même se combinant bien il pensa à écrire un tube « Casse le Metal Tchaï » !
Sa jeunesse fut somme toute assez troublée, il tua ses parents plusieurs fois, enfin sans jamais mettre la main sur son père, et organisa même, seul, lui le rebellé, un contre-festival à Woodstock pour protester contre l'ineptie du slogan hippie "Faites l'amour, pas la guerre" qu’il transforma en « la guerre fait l’amour du moment qu’on crève tous ! » . Il fut certes, le seul participant, mais ne se découragea pas.
Passant en revue les différentes carrières professionnelles qui s'offraient à lui en fin de terminal, cherchant avant tout à se réaliser par le plaisir, il envisagea d’abord de devenir flic pour casser du caïd mais le trop de lois risquait de tuer ce plaisir, puis prof pour casser de l'élève mais le manque de règles risquaient de rendre la chose marginal, et enfin physicien nucléaire pour casser de l'atome.
Il entra alors dans son âge de raison, la raison d’un homme qui n’a de raisons que de ne pas être
Il voulu aussi en tant que citoyen non participant changer les règles. Dès lors son rejet de la société ne connut plus de limites et il passa par une brève crise existentielle, qu’il conjugua à l’institutionnelle au cours de laquelle il brûla anonymement le Conseil constitutionnel et cassa Isabelle Leplanteur, sa fiancée qui avait eu le malheur de lui annoncer qu’ils allaient construire une belle vie ensemble. C'est à cette occasion qu'il prononça ces mots célèbres "Les femmes, c'est fragile et ça pleure" et opta pour l'asexualité.
Désireux d'entrer en politique, il parvint à se faire élire député grâce au slogan : « Rien ne sert de mentir car demain ne sera plus » mais, ne parvenant pas à convaincre le parlement de renverser le gouvernement, il décida de le renverser lui-même, au sens propre… et au volant de sa Toyota. A cette occasion, il s’interrogea sur le rôle du pare-choc… pourquoi parer les coups si ce dernier en donne de bons ?
Poursuivi dès lors par les agents du gouvernement, car même si le gouvernement renversé était mauvais il ne fallait pas faire jurisprudence, il décida donc de se faire oublier à l'étranger.
Il voyagea beaucoup et prit une part active à de nombreux génocides (enfin à quelques massacres entre amis selon ses propres mots) et fut déçu alors que l’on ne les rebaptise pas Bakoucides !
Par dérision, ses amis Khmers, rouge dans l’âme mais ébénistes de profession, ne l'appelaient plus par le déterminant sympathique "mon pote", mais plus affectueusement notre ptit "Pol Pot d’import". Il passa presque un an en Ukraine soviétique, où il travailla un temps pour la centrale nucléaire de Tchernobyl, avec les retombées que l’on connaît. Il partit ensuite pour la Corée du Nord, où il trouva du travail dans une usine d'enrichissement de l'uranium qu’il finit par quitter jugeant Kim Il-Sung "trop mou de la ricoré". Effectivement à quoi sert de faire de l’atome si ce n’est pas pour le casser après ?
Tentant de rejoindre un peuple à la philosophie plus proche de la sienne, en 2001, il fut capturé par les services secrets américains à l’aéroport Washington Dc. Il avait en effet avec honnêteté en cours de vol coché la case "Je suis un terroriste trotsko-islamiste voulant assassiner Bush" du célèbre questionnaire délivré aux personnes séjournant aux Etats-Unis. Cependant à un agent lui demandant avec insistance, la lampe plein les mirettes, s'il n'avait pas des liens avec Al-Qaida , il répondit " Ma sœur n’est pas pilote, c'est pas moi, c'est Saddam." Il fut chargé alors de rédiger conjointement avec Hulk Hogan le rapport que Colin Powell devait présenter aux Nations Unis : le titre original étant « faire la guerre c’est bien, avec des conneries c’est mieux ».
Roger Bakounine est une histoire vivante, un vivant de son siècle, un anti-acteur de son époque. Et comme dans toute vie, il connut son Götterdämmerung, sa chute finale.
En 2002, il se présente devant le Conseil constitutionnel rebâtit en Ardèche et demande avec éclat à constitutionnaliser l'Apocalypse. C'est à cette époque que ses non proches commencèrent à mettre en doute sa santé mentale. Ayant été raillé de la liste noire des états terroristes, Roger Bakounine ne trouvant plus de CDI (contrat à durée implosif ?) multiplie à cette époque les petits boulots.
Dès lors en véritable Citizen Kane, il s'enferma dans son appartement et étudia les grands philosophes….(essentiellement Schopenhauer, Cioran, les anarchistes nihilistes, Nietzsche etc…). Reste qu’un jour il se trompa et débuta un livre de Leibniz… mais la monade ne prie pas et finit pour Sur à l’eau.
C'est d'ailleurs de cette époque que date sa thèse sur Schumpeter, dans laquelle, il déclare ne rien comprendre à la deuxième partie de l'expression "destruction créatrice", et s’auto proclama ainsi adepte de la pensée de Schum plus que de Peter. Le Schumiste était né….Mais en détresse face à ce monde qui grouille, n’ayant réussi à le réduire il décida de le vider… En effet, il y’a peu, il fit le vide dans sa Fiat Punto et avec exaltation, il contempla un bref instant dans la suffocation du vide l’œuvre de sa vie… un grand rien noir de marque Italienne sans cohérence mais profondément touchant car bien plus que personnel, le triomphe de l’anormalité de sa pensée et de son action face à un monde qui aurait pu l’accueillir mais dont il n’avait pas voulu se souiller.
Roger Bakounine ne sera pas enterré, ni ses cendres dispersées, n’ayant crée aucun lien, un bref éloge funèbre sera célébré à la Casse de Ville Franche sur Mer 32 rue du Bouchetout… en hommage à sa personne il sera gravé sur son dernier transport (sa voiture) vers l’au delà : « Schumer nuit gravement à la santé »…
