Prose Le désert et la lune
Le désert et la luneA ces quelques âmes, sans qui je ne serais pas parti.
Le soleil tombe, sur le vaste désert. J’y suis. On m’a pourtant dit de ne pas y aller. Que de fois ! Mais j’ai croisé d’autres regards. Ceux la étaient différents. Il n’y a plus personne devant moi aujourd’hui. Pas devant mes yeux. Mais certaines voix encore raisonnent. Elles raisonnent comme des bulles fragiles.
Il a fallu oublier, miette par miette, les sourires. Mais j’ai trop chaud. Je dois marcher un peu plus, trouver un endroit où le vent viendra me porter. Au sommet d’une dune.
Et maintenant que le désert s’étale, je peux chanter. Je ne chanterai pour personne. Pas même pour moi. Je peux danser, et inventer mes nouveaux compagnons. Je n’aurai qu’à marcher un peu, car derrière chaque relief, quelques astres égarés tombent. Et avec une pelle, je pourrai creuser. Je suis sûr d’y trouver quelques choses. Je suis sûr, et personne ne pourra le nier.
Si jamais le sol aride refuse de s’ouvrir, et bien, fatigué de mes vaines tentatives, je me coucherai. Alors, les étoiles parleront. Elles parlent toujours. Mais nous serons seuls. La lune, au corps nu, douce, viendra s’asseoir à coté de moi. Elle chantera.
Cette lune, connaissez vous son chant ? Rien alors ne peut bouger. Toutes les mains se tiennent. Lueur. Je l’ai déjà vue, aperçue, lors de mon voyage. Les visages sont si beaux près d’elle.
Après avoir dormi, au chaud dans d’épaisses couvertures, je m’éveillerai le matin, et pour le désert je prierai. Et tout le jour, mes chants voleront, ceux-la même qui ne seront pas entendus.
J’ai déjà oublié tout le reste. Parfois seulement, la nuit, quand le ciel le permet, quand ses astres brillent tout spécialement, alors la mélancolie me pénètre. Alors, les loups se joignent à moi, ils me lèchent, ils me mordent, ils hurlent, et moi je chante aussi ; mes sons sonnent comme d’étranges grincements, et de vagues souvenirs hantent l’espace incolore.
L’écho profond du silence ! Chaque bruit heurte les horizons et me revient plus tourmenté encore. Chaque présence est une abîme. Les grands rapaces viennent, et dansent en de grands cercles. Ils viennent désormais chaque nuit. Peut-être sont ils à présent des frères. Peut-êtres attendent-ils de pouvoir me dévorer, quand je n’aurais plus la force de chanter.
Mais qu’ils sachent que dans ce désert là on ne meurt pas. Car on est seul, absolument seul, au coté de la fille invisible.
Fille du ciel, tes yeux sont bleus comme la lune !
Et je viendrai m’abreuver sur ton corps,
Chaque soir, moi, l’éphémère infinie.
Fille du ciel, donne nous à boire tes proses…
?
x_O